Franck Rettmeyer, Président d’Allimand : « le manque de charge de certains papetiers est inquiétant »

Comment se présente la situation de votre groupe spécialisé dans la conception et la fabrication de machines à papier et de matériel d’équipement pour l’industrie papetière?

Nous avons enregistré en 2011 de fortes prises de commandes, avec cinq machines à papier, dont deux seront livrées en 2013. Ces machines sont destinées soit à l’Europe, soit à l’Asie du Sud Est (Indonésie, Chine). Une situation confortée par des commandes de reconstruction de machines existantes en France, Thaïlande, Arabie Saoudite, Inde, Japon. Le chiffre d’affaires prévu pour 2013 devrait ainsi être compris entre 70 à 80 millions d’euros. Cette belle performance industrielle se reflète dans l’activité de nos ateliers qui fonctionnent à plein régime : certaines de nos machines-outils « travaillent » en 3×8 heures.

Comment affronte Allimand la crise financière ?

La crise budgétaire impacte le quotidien de chacun par une pression fiscale à terme qui sera plus importante, par un comportement des politiques parfois très décalées au regard d’un fait incontournable : la mondialisation. Allimand a la particularité d’intervenir sur un marché mondial qui lui permet de compenser une baisse des investissements en Europe par des zones où l’investissement est toujours porteur. L’Asie évidemment, mais aussi d’autres…
Quelles sont vos prévision pour cette année ?

2012, c’est une année de plein emploi avec une bonne partie de 2013 déjà chargée. Dans ce contexte, nous avons abordé l’année avec optimisme bien que très attentifs à l’évolution des carnets de commandes de nos clients. Ces derniers se sont fortement dégradés depuis quelques mois, impactés par le manque de croissance, l’effondrement du marché automobile pour certains pays européens et tout particulièrement en France, la baisse de la consommation qui résulte de l’augmentation planifiée de la pression fiscale et de l’augmentation du chômage. Notre carnet de commandes est plein jusqu’à mi-2013, ce qui est satisfaisant, mais nous sommes inquiets par le manque de charge de certains papetiers. Les augmentations du prix des vieux papiers ne peuvent plus être absorbés par les papetiers français, voire européens. Enfin, politiquement parlant, nos dirigeants n’inscrivent pas leur stratégie dans une concurrence mondiale et rêvent toujours d’une dominance du monde occidental par rapport au reste du monde…. ! Ce qui n’est plus vrai aujourd’hui. 3

Avec la frilosité bancaire actuelle, avez-vous chez ALLIMAND réalisé des investissements… ?

Nous sommes soutenus par notre pool bancaire et nous ne connaissons pas de pression des banques vis-à-vis de notre société. En 2012, nous investissons deux millions d’euros dans nos moyens de productions, de gestion et l’ouverture de différents bureaux de par le monde. De plus, nous avons investi dans une machine pilote « fibres longues », installée aux Etats Unis, à une heure de New York, afin de développer nos produits et offrir une base d’essais à nos clients spécialisés dans la fabrication des papiers spéciaux.

Comment vos clients étrangers perçoivent-ils la France et plus particulièrement, les industriels français comme vous ?

La France, on n’en parle plus depuis longtemps ! Nous évoluons sur un marché mondial ultra concurrentiel, où nos clients étrangers attendent de recevoir de la technologie, des produits nouveaux, afin de répondre à leurs différents marchés.

Sur quelles zones géographiques avez-vous constaté la plus forte progression de votre chiffre d’affaires ?

Sans doute l’Asie, avec une tête de pont, que représente la Chine, toujours importante. 

La flambée des matières premières depuis mi 2010 a-t-elle affecté vos coûts de production ?

C’est un vrai sujet. Les matières premières sont assises sur des prix élevés et ne baissent pas. Ce constat date depuis plusieurs années, puisque nous sommes aujourd’hui au même niveau que 2008, c’est-à-dire avant la crise financière de 2009. Cependant, nous nous réjouissons de la baisse de l’euro, qui renforce la compétitivité de nos produits sur les zones asiatiques ou américaines.

Vous ouvrez prochainement un bureau en Espagne à San Sebastian… Pourquoi ?
L’intérêt est de découvrir le marché hispanique principalement, mais aussi le marché de l’Amérique latine. D’ailleurs, nous avons pris une commande d’une nouvelle machine « fibres longues » en Espagne pour le groupe «Miquel y Costas», dont la mise en service est prévue au dernier trimestre de cette année.
Allimand vient de s’implanter sur le Continent Américain avec un nouveau pilote, dans l’Etat de New York, à Albanie. Depuis quand étiez-vous sur le projet ? Que représente pour vous cette nouvelle étape ? Quel en est l’intérêt pour vos clients ? Et tout d’abord, qu’est-ce qu’une « machine pilote » ?

Une « machine pilote » est une machine qui permet de faire des tests donc de produire des papiers à l’échelle 1 en continu et d’avoir une idée précise des caractéristiques qui seront obtenues à une échelle industrielle. Le projet date de 2009. Nous l’avions alors imaginé, avec la récession à laquelle nous étions confrontés mais pas seulement. Nous étions confrontés au développement des médias électroniques, qui commençaient à impacter significativement nos clients producteurs de papiers magazines, impression écriture, appelées plus communément « le Blanc ». A cette baisse annoncée de consommation de papier blanc, il nous fallait trouver un relais de croissance. Nous nous sommes tournés vers les papiers techniques, où Allimand est reconnu et nous nous sommes intéressés au marché des papiers « fibres longues ». Ce sont des papiers très créatifs, à très haute valeur ajoutée, pour l’alimentaire, le médical, la construction… et qui aujourd’hui sont demandés en Europe, aux USA.

Vous venez d’être réélu Président du Groupe Papier du SYMOP (Syndicat des constructeurs des équipements de production)… Quelles sont les grandes orientations stratégiques que vous souhaitez donner pour les deux ans à venir ?

Elles sont de plusieurs ordres. Il s’agit de promouvoir les entreprises françaises fabriquant du matériel de papeterie ou proposant des services. Et celui de la sécurité de nos machines, qui est un objectif partagé par les papetiers français et son association technique.

Allimand : chiffres clefs

Chiffre d’affaires 2011 : 40 millions d’euros. Chiffre d’affaires prévisionnel 2012 : 70 à 80 millions d’euros

Effectif : 300 personnes. Siège social : Rives (38)

Filiale SAFEM (Fonderie) : Angoulême

Entreprise indépendante depuis 160 ans, c’est la 6 ème génération qui assure aujourd’hui la pérennité de l’entreprise. Depuis 1950, ce sont plus de 89 machines à papier complètes que l’entreprise a conçues, développées et installées dans le monde entier. 80 % de son chiffre d’affaires est réalisé à l’international.

Pour plus d’informations : www.allimand.com 

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