AMB 2014 : les constructeurs sont optimistes

 

La Russie est le thème dominant dans la politique et l’économie à l’heure actuelle. Les sanctions récemment adoptées par l’Union européenne n’auront des impacts pas que sur l’économie russe. L’Association allemande des établissements de constructions mécaniques (VDMA) craint des retombées sur l’économie allemande et européenne surtout si la Russie décide à son tour de sanctions en retour. Néanmoins, la plupart des constructeurs de machines-outils semblent assez confiants dans l’avenir, comme le souligne l’Association allemande des fabriques de machines-outils (VDW) de Francfort. Et même les fabricants d’outils de précision vont de bonne humeur à AMB, l’exposition internationale de l’usinage des métaux, organisée du 16 au 20 septembre 2014 à Stuttgart. Ils ne changent rien à leurs prévisions de croissance optimistes établies au début de l’année. Tout le monde attend d’AMB des signaux et des suggestions positifs montrant comment au moins redresser la barre des affaires avec la Russie.
« Au beau fixe »
La plupart des fabricants de machines-outils et d’outils de précision ne semblent pas encore être trop affectés par la faiblesse des exportations, dit-on chez le VDW. Son président, Dr. Wilfried Schäfer : « En tout et pour tout, la situation dans la branche reste bonne ; la croissance de l’ordre de trois pour cent prévue pour la production semble, compte tenu des commandes en portefeuille, assurée dès la mi-année ». 2013 aurait déjà été une bonne année pour l’industrie des machines-outils, 2014 continuerait de gonfler les voiles du secteur. Schäfer attribue cette robustesse au fait que le secteur a fait ses devoirs pendant les derniers mois : « Nos entreprises ont fourni un excellent travail de développement pour continuer de s’affirmer sur le marché mondial.“ Le VDW regarde toutefois la réalité en face : « Malgré tous les succès, il ne faut surtout pas méconnaître que le conflit larvé en Russie peut entraîner pour notre branche des problèmes durables dont nous n’évaluons pas l’ampleur actuellement ».
À l’inverse du VDMA qui voit l’économie se cabrer depuis le début de l’année, le VDW n’a rien vu d’anormal. Pendant le premier trimestre, le nombre de commandes avait augmenté de dix pour cent par rapport à 2013 en glissement annuel. Cela s’explique essentiellement par la demande intérieure soutenue qui avait même fait un bond énorme de 20 pour cent – le résultat de la dissolution d’un blocage des investissements. Mais la demande étrangère avait également augmenté de cinq pour cent. Ainsi, Schäfer attend du salon imminent surtout un écho positif venant des clients d’Allemagne. « Pour nous, il serait important de capter le signal que les secteurs clients sont prêts à investir et que les entreprises signent un maximum de contrats au salon ». Selon lui, AMB offrirait la plate-forme idéale pour mettre en scène les développements d’avenir, par exemple dans le domaine de l’efficacité énergétique ou de la mise en réseau des machines dans un environnement industriel, et ainsi de donner des nouvelles impulsions. « Ce n’est qu’à travers des innovations supplémentaires sans aucun compromis sur l’excellent niveau de qualité actuel, toujours avec un œil vigilant sur un bon service clientèle, que la branche réussira à l’avenir à affirmer sa position de pointe dans le monde ».
L’Europe de l’Ouest décongestionne le bouchon des investissements
Les représentants de l’Association professionnelle des outils de précision au sein du VDMA adhèrent encore aux prévisions établies au début de l’année, comme l’explique son porte-parole Alfred Graf Zedtwitz : « Nous tablons toujours sur une croissance du CA et de la production de quatre pour cent ». Lothar Horn, le président de l’association et directeur général de Paul Horn GmbH, une fabrique d’outils en carbure de Tübingen, attribue la situation également à la reprise des investissements, mais 2013 était déjà une année record pour la deuxième année consécutive. Horn fonde son attitude positive pour l’année en cours sur des extensions de production des deux secteurs preneurs les plus importants : la construction mécanique et l’industrie automobile.
Dans son rôle de président d’association, Horn avait déjà fait remarquer au début de l’année les impulsions venant des pays à l’Ouest en cours de rétablissement. Entre autres, sa thèse est appuyée par l’exemple de la Grande-Bretagne. L’économie britannique longtemps en difficulté est de nouveau en forte progression, selon un rapport tout récent de l’Economist Intelligence Unit (EIU). Cette dernière table sur une augmentation du PIB de 3,1 pour cent cette année suite au 1,7 pour cent de 2013. Elle serait particulièrement réjouissante pour le secteur de la construction mécanique allemande, comme l’apprécie la chambre de commerce et d’industrie germano-britannique. Cette dernière explique son optimisme par le niveau d’automatisation nettement moins développé au Royaume-Uni. Ce sont justement les entreprises allemandes qui pourraient aider à rattraper le retard. Des réductions d’impôts pour l’implantation de nouvelles entreprises et les aides pour la recherche et développement constitueraient des incitations supplémentaires. Par ailleurs, les régimes d’amortissement des machines et des installations ont été améliorés. Selon Germany Trade & Invest (GTAI), les entreprises britanniques veulent pour cette raison investir plus fort dans les installations d’équipement et de production cette année et l’année prochaine. La reprise s’appuie essentiellement sur l’industrie automobile réémergente, l’un des débouchés les plus importants de la construction mécanique.
Malgré la crise russe et les autres impondérables, le leader du marché, DMG Mori Seiki AG, qui vient juste de publier ses chiffres semestriels, garde le cap scrupuleusement. D’après ces chiffres, les commandes de l’entreprise de Bielefeld étaient en progression de 13 pour cent et le CA a augmenté de six pour cent. En plus, les commandes d’Allemagne avaient augmenté plus vite que les commandes de l’étranger, ce qui confirme la thèse du marché intérieur fort. Rüdiger Kapitza, le PDG de DMG Mori Seiki, s’attend à un contexte économique global positif pour toute l’année 2014 : « La stabilité économique actuelle en Allemagne, la meilleure situation conjoncturelle en Europe et la dynamique de croissance stable aux États-Unis devraient aussi se répercuter positivement sur le résultat ».
Les éventuelles défaillances en Russie doivent être compensées en coopération avec le partenaire Mori Seiki par l’ouverture de petits marchés comme la Hongrie, le Viet Nam, les Philippines, la Roumanie, ou le Venezuela. Kapitza s’attend en définitive à un regain d’activité au cours de la deuxième moitié de l’année, et « à des impulsions particulières pour le portefeuille de commandes lors des salons d’automne et des expositions technologiques » dont fait partie AMB (hall 7, 7A01) à Stuttgart, « où nous présenterons, ensemble avec nos partenaires de coopération, dix exclusivités mondiales ».
Sur une surface de plus de 2.000 m2, le leader du marché mondial DMG Mori montre un panel représentatif de solutions de fabrication complètes d’une seule main – de la solution de machine intégrée aux projets clé en main en passant par les cellules d’usinage flexibles et les systèmes de fabrication flexibles pour la production de masse de composants de moteur dans le domaine automobile. L’entreprise expose en tout 46 machines high-tech – répondant toutes au nouveau design de DMG Mori, dont 29 avec CELOS. Les applications CELOS APP sont conçues pour faciliter à l’utilisateur l’administration, le suivi et la visualisation des données des commandes, des processus et des machines. CELOS devient alors un élément clé de la production en réseau intelligente et fait un pas décisif en direction d’Industrie 4.0.
Et en point d’orgue, DMG Mori présente trois premières mondiales à AMB : le nouveau centre d’usinage vertical DMC 1450 V, la 4e génération de la machine 5-axes universelle DMU 125 P duoBLOCK®, ainsi que le modèle LASERTEC 45 Shape pour l’ablation 3D au laser de haute précision et la texturation dans une nouvelle dimension.
Le service clientèle toujours plus important pour les affaires
Un autre exposant à AMB, le constructeur américain de machines-outils Haas Automation Europe, est optimiste. Au siège européen de Bruxelles, le CA a grimpé de 30 pour cent en glissement annuel entre le premier semestre 2013 et cette année. Cette croissance est largement supérieure aux prévisions du CECIMO (Comité Européen de Coopération des Industries de la Machine-Outil) limitées à deux pour cent. Jens Thing, en poste de directeur européen depuis le printemps dernier, met aussi cette réussite exceptionnelle sur le compte des 37 magasins d’usine en Europe : « Nos clients apprécient que les produits et l’assistance technique de Haas répondent précisément à leurs attentes en termes de valeur, de performances et de fiabilité. Ceci d’autant plus qu’ils ont la possibilité d’acquérir des machines de grands fournisseurs locaux ». Toujours est-il que Haas a l’intention de doubler son CA à deux milliards de dollars au cours des prochaines années. Dans ce scénario, l’Europe joue le rôle principal.
« À AMB, nous voulons montrer que notre technologie en combinaison avec des prestations de services particulières aident les entreprises à tirer le rendement maximal de leur investissement tout en ayant le risque minimal », explique Bert Maes, le directeur du marketing chez Haas. La disponibilité et les prix des pièces de rechange seraient souvent des facteurs sous-estimés, très importants sur le marché des machines-outils. D’autres entreprises proposeraient certes des machines-outils à des prix similaires, mais le service clientèle serait souvent entaché de restrictions et d’un manque de fiabilité. Haas exploiterait actuellement 170 centres de pièces détachées dans le monde entièrement équipés.
99 pour cent des pièces détachées demandées pourraient encore être livrées le jour de la commande avec les véhicules de service locaux, et ce à des coûts modérés pour les pièces et la main d’œuvre. Ce qui est assez exceptionnel est que les clients ont un accès intégral à leurs propres données, de sorte qu’ils peuvent procéder eux-mêmes aux travaux de maintenance et au dépistage des erreurs. Un élément important du système de service clientèle dans le Web est en outre une grande bibliothèque de guides et d’instructions en vidéo. Le portail Web est aussi utilisé pour chercher et commander les pièces de rechange en quelques minutes. Bert Maes : « Ce genre d’informations aident le client pour la maintenance et le dépannage, ils augmentent alors leur rentabilité ».
Une étude du VDMA montre les points forts et émet des recommandations
Avec cette stratégie, Haas se voit aussi en symbiose avec l’étude « Perspectives d’avenir de la construction mécanique allemande » que le VDMA vient juste de publier. Elle a été élaborée en coopération avec le cabinet de conseil McKinsey & Company, 333 entreprises de toutes tailles y ont participé. Elle a mis en évidence dix stratégies de succès. Pour les uns, la réussite est le résultat de la taille, de la force d’innovation et de l’internationalisation, mais aussi de la concentration sur le cœur de métier et de l’excellence opérationnelle. D’autres profitent d’avantages spécifiques en tant que fournisseur de solutions ou de composants, d’un positionnement dans le segment premium ou d’une activité d’après-vente et de service clientèle réussie.
« Avec une marge EBIT moyenne de plus de six pour cent en 2012 et une croissance du CA supérieure à deux pour cent annuels depuis 1995, le secteur de la construction de machines et d’équipements est un symbole du pouvoir économique allemand », souligne Dr. Reinhold Festge, le président du VDMA, lors de la présentation de l’étude à Francfort. Or, les conditions de concurrence changent : les fournisseurs low cost offrant une qualité croissante sont essentiellement responsables du durcissement de la concurrence dans les secteurs où le label de qualité « Made in Germany » est encore la référence. Cette situation oblige à faire un grand écart, car de plus en plus de clients exigent en même temps des solutions intégrées individualisées. Selon l’étude, presque trois quarts des entreprises sondées signalent une augmentation de la demande de systèmes intégrés et de solutions d’intégration spécifiques au client. 70 pour cent des entreprises s’attendent, à long terme, à un transfert de la demande dans les pays en dehors de l’Europe. 60 pour cent estiment que les activités d’après-vente et de service clientèle seront des thèmes importants à l’avenir. La plupart des entreprises du secteur allemand de la construction de machines et d’équipements s’estiment prêtes à affronter toutes les tendances. Il n’est donc pas étonnant qu’elles considèrent les développements plutôt comme une chance, pas comme un risque.
Toutefois, presque la moitié des entreprises s’attendent à ce que les avantages aussi bien que les inconvénients de l’Allemagne en tant que site de production auront à l’avenir un impact plus fort sur la profitabilité et la croissance des constructeurs de machines et d’équipements.
L’étude reflète non seulement le statu quo, mais permet d’extrapoler six champs d’action pour l’avenir. D’après ses auteurs, on aurait essayé de combiner entre eux les facteurs de réussite identifiés à l’issue de l’enquête. Ainsi, les entreprises devraient réagir au transfert des marchés d’exportation par une « stratégie ciblée d’internationalisation et de croissance avec le modèle commercial respectif approprié. L’extension des activités d’après-vente et de service clientèle pourrait être stimulé par des solutions intégrées et une stratégie de réseau de services optimisée. La poursuite de la standardisation et de la modularisation devrait aider à atteindre un équilibre entre les clients sensibles aux prix d’une part et les clients cherchant des solutions individuelles d’autre part. La valeur des produits et du portefeuille d’une entreprise pourrait être optimisée à travers l’innovation orientés sur les valeurs des clients et la réduction continuelle des coûts du produit. Pour préserver les avantages de qualité et de productivité de l’Allemagne, il faudrait ambitionner une excellente valeur ajoutée au niveau local, étant donné que des nouvelles technologies comme Industrie 4.0 pourraient aider. Finalement, les entreprises devraient veiller à une « gestion de projet coercitive et différenciée en fonction des risques dans la vente de solutions » pour assurer leurs marges. Un bon sujet de conversation pour les exposants à AMB et leurs visiteurs.
Plus de 90 000 visiteurs et environ 1 300 exposants sont attendus à l’AMB 2014 du 16 au 20 septembre. Sur une surface brute de plus de 105 000 mètres carrés, on pourra voir les innovations et les perfectionnements de l’industrie de l’usinage et des outils de précision, parmi eux les systèmes de fixation, de CAO, FAO, IAO, les logiciels, les meuleuses-rectifieuses, les systèmes de manipulation des pièces et des outils ainsi que les techniques de métrologie.

 

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