Futuribles : la transition écologique

Produire et consommer à l’ère de la transition écologique
Futuribles International a coordonné, entre avril 2013 et avril 2014, une vaste étude visant à repérer les comportements de consommation émergents pour en estimer les perspectives de développement, les conséquences sur les processus de production, les impacts économiques, sociaux, environnementaux… Intitulée « Produire et consommer à l’ère de la transition écologique », cette étude a servi de base à la réalisation d’un numéro spécial de la revue Futuribles, publié ce mois-ci.

– Cécile Désaunay, qui a copiloté cette étude avec François de Jouvenel, ouvre le numéro en en présentant les grandes lignes. Concentré sur la France, ce travail a comporté quatre phases : un diagnostic sur la consommation matérielle en France ; un repérage des modes de consommation et de production émergents, en France et à l’étranger, et une sélection de ceux qui semblent a priori porteurs du plus grand potentiel d’économie de ressources ; une étude du potentiel de diffusion de ces pratiques innovantes ; et l’élaboration de scénarios à l’horizon 2030 sur les pratiques de consommation et leur impact en termes d’économie de ressources. L’objectif de cette étude, in fine, est de contribuer à éclairer les réflexions sur les liens entre la création de richesse et l’utilisation des ressources naturelles non renouvelables, et de montrer qu’il existe des leviers susceptibles de favoriser la transition vers des modes de vie et de consommation plus sobres, et plus respectueux de notre écosystème.

– Dans un deuxième article, Cécile Désaunay et Nicolas Herpin entrent dans le détail de la première étape de cette étude, qui nécessitait de faire le point sur l’état de la consommation en France afin de dégager les grandes tendances à l’œuvre. C’est le diagnostic réalisé sur la consommation des Français qui est ici présenté, avec en filigrane une question majeure : approche-t-on d’un pic de consommation matérielle en France ? Après avoir précisé la méthode utilisée (étude des principaux postes de consommation, recours à l’analyse de cycle de vie, bilan carbone…), les auteurs précisent les grands enseignements relatifs aux évolutions de la consommation en France depuis 60 ans, en particulier concernant les trois postes dominants (alimentation, logement-énergie, et transport). Ils constatent ainsi que la France n’a pas (encore ?) atteint de pic de consommation matérielle. Ce constat général étant posé, ils s’interrogent ensuite sur les facteurs susceptibles d’infléchir la tendance à la hausse des consommations en France : possibilité de saturation des besoins, lutte contre le gaspillage et l’obsolescence programmée, restriction (volontaire ou subie) de la consommation. L’objectif visé ici est bien d’inciter à une baisse des consommations matérielles pour enfin engager la transition vers un développement plus durable.

Sobriété volontaire et involontaireProlongeant l’étude « Produire et consommer à l’ère de la transition écologique » conduite par Futuribles International en 2013-2014, Christian Arnsperger et Dominique Bourg montrent combien le principe de sobriété a, depuis l’Antiquité, été central dans les civilisations traditionnelles et ce jusqu’à l’avènement de la société industrielle dont la dynamique repose sur l’accumulation et le renouvellement accéléré des biens, au détriment d’une recherche de dépassement humain. Or, la course au « toujours plus » de biens matériels, outre le fait qu’elle n’est pas généralisable à l’ensemble de l’humanité et se révèle insoutenable sur le plan écologique, est fondamentalement destructrice de ce qui fait l’authenticité et la dignité de l’espèce humaine, affirment ici les auteurs. La transition écologique, en nous imposant de produire et consommer en n’abusant point des ressources naturelles limitées, et en respectant les fragiles équilibres de notre écosystème, nous incite à repenser la notion de sobriété, vécue non seulement comme contrainte dictée par la finitude de nos ressources, mais aussi comme résultant d’un nouvel idéal socio-anthropologique. Ainsi la sobriété ne serait-elle pas uniquement imposée (involontaire) par la finitude des ressources et les dangers résultant de l’impact des activités humaines sur l’écosystème. Elle résulterait aussi désormais d’une critique de nature anthropologique et politique d’un modèle de développement qui ne répond pas aux aspirations immatérielles de notre espèce. Volontaire ou non, la sobriété semble en tous les cas devenue incontournable pour éviter un effondrement civilisationnel.  
La croissance quasi circulaire François Grosse présente quant à lui la voie la plus pragmatique à ses yeux pour mener nos sociétés vers une « croissance quasi circulaire ». Conscient de l’utopie que constitue l’option de la non-croissance ou de la décroissance économique, il propose ici une approche de gestion durable des ressources matérielles non renouvelables visant à optimiser le mieux possible le cycle de consommation de ce type de ressources dans une économie en croissance. Après un bref rappel du contexte consumériste qui est le nôtre, François Grosse présente les principales caractéristiques relatives aux stocks et flux de matières premières non renouvelables dans l’économie : taux de croissance, temps de séjour dans l’économie, effet des stocks et flux de déchets ; et le rôle potentiel du recyclage en ce domaine. Partant de là, il montre quelles seraient les conditions permettant d’aboutir à un modèle de croissance quasi circulaire assurant une gestion soutenable des matières premières non renouvelables, à savoir : une croissance faible de la production/consommation de chaque matière concernée ; un rejet dans les déchets d’au moins 80 % des quantités consommées de chaque matériau ; et un recyclage effectif de plus de 60 %, voire 80 %, de ces déchets. Une vision systémique qui permettrait de conserver une certaine forme de croissance économique en tenant compte des limites de notre écosystème et de la finitude des ressources.
Une vision de la consommation des français en 2030 La France, comme la plupart des pays industrialisés aujourd’hui, a pris conscience de la nécessité d’engager une transition écologique afin d’orienter ses modes de production et de consommation dans le sens d’une moindre utilisation de matières premières et d’une moindre émission de polluants. Cependant, infléchir les comportements de consommation des ménages n’est pas une mince affaire, même si, comme on l’a vu au fil des articles précédents, des leviers existent pour les y inciter. Complétant utilement les différentes analyses issues de l’étude menée par Futuribles International, un article d’Éric Vidalenc, Laurent Meunier et Claire Pinet présente l es résultats d’une toute récente étude prospective de l’ADEME consacrée à la consommation des Français à l’horizon 2030 dans une perspective de réduction de ses impacts sur l’environnement. Après un rappel de la progression continue de la consommation en France depuis 1960 et des lourds impacts qu’elle engendre sur l’environnement, les auteurs détaillent la teneur du scénario auquel ont abouti les chercheurs de l’ADEME en vue d’un allègement de l’empreinte environnementale de la consommation des Français d’ici 2030. Ils soulignent ainsi les leviers susceptibles d’être mobilisés à cette fin (baisse du gaspillage alimentaire, allongement de la durée de vie des biens d’équipement, nouveaux services de mobilité…), ainsi que les résultats quantitatifs auxquels pourrait aboutir un tel scénario volontariste. Comme on le voit, des marges de manœuvre existent pour infléchir le modèle de consommation existant, mais un gros effort reste à faire pour actionner les leviers clefs et engager des changements de nature réellement systémique à l’horizon des 15 prochaines années.
Changement climatique : le rôle de la consommationPuis Ruth Wood, Laurent Meunier et William Lamb examinent le rôle possible de la consommation comme levier d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre, en s’appuyant sur l’état de la recherche sur la question au Royaume-Uni. Après avoir rappelé le contexte actuel en matière de négociation sur le changement climatique et la manière dont sont aujourd’hui comptabilisées les émissions, les auteurs montrent l’intérêt qu’il y a à partir du consommateur final pour comptabiliser les émissions nationales de gaz à effet de serre. Ils précisent ensuite quels sont les principaux leviers d’action pour faire baisser ces émissions liées à la consommation, compte tenu notamment du poids des importations dans les produits consommés dans un pays comme le Royaume-Uni : ajustement fiscal aux frontières, participation active des entreprises, intégration des émissions liées à la consommation dans les budgets carbone nationaux… Ils soulignent in fine l’intérêt croissant de la recherche britannique pour cette prise en compte des impacts de la consommation sur le climat, et la nécessité de se projeter à plus long terme en intégrant des horizons temporels « réalistes », tenant compte des immenses efforts à fournir pour respecter les objectifs d’émissions retenus pour limiter le réchauffement climatique à 2 °C d’ici 2100.
Vient de paraître
n°403, novembre-décembre 2014

Revue Futuribles numéro 403
Sommaire détaillé
148 pages – 22 €

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